Le nouveau langage de la chasse : quand les mots servent à masquer la réalité

Nombreuses biches qui sont dans une clairière aux abords d'une forêt

À mesure que la sensibilité de la population au bien-être animal progresse, la chasse traverse une crise d’image profonde. Pour tenter d’y répondre, les fédérations de chasse et certains de leurs représentants ont profondément modifié leur communication publique. Les pratiques, elles, n’ont pas changé. Ce sont les mots qui ont évolué. Tuer est devenu « prélever », abattre est devenu « réguler », chasser est présenté comme un « sport » ou une « gestion responsable de la nature ». Derrière ce vocabulaire policé, la réalité reste pourtant inchangée : des animaux traqués, blessés et tués.

 

En résumé :

  • Changement de vocabulaire : Le monde de la chasse a progressivement remplacé des termes directs liés à la mise à mort par un langage plus technique, neutre ou valorisant, afin d’adoucir la perception de ses pratiques.
  • Objectif d’image : Ce glissement sémantique vise avant tout à améliorer l’image publique de la chasse, dans un contexte où une majorité de citoyens se montre critique ou opposée à la chasse.
  • Effacement de la violence : Les nouveaux termes utilisés évitent toute référence explicite à la souffrance animale, à la peur ou à la mort, contribuant à banaliser des actes pourtant violents.
  • Outil de recrutement : En présentant la chasse comme une activité de gestion, de sport ou de nature, ce vocabulaire facilite le recrutement de nouveaux chasseurs, notamment auprès d’un public plus jeune ou non initié.

 

Pourquoi le langage de la chasse a-t-il changé ?

 

Depuis plusieurs années, un constat s’impose : une majorité de citoyens se dit opposée à la chasse de loisir, ou à tout le moins profondément mal à l’aise avec la mise à mort d’animaux à des fins récréatives. Cette évolution est portée par une meilleure reconnaissance de la sensibilité animale, mais aussi par la diffusion d’images et de témoignages issus du terrain.

 

Face à ce rejet croissant, le monde cynégétique a compris que la bataille ne se jouait plus uniquement sur le terrain, mais aussi dans l’opinion publique. Plutôt que de remettre en question le principe même de la chasse, une autre stratégie a été privilégiée : transformer le discours. L’objectif est clair : réduire l’impact émotionnel des mots, présenter la chasse comme une activité rationnelle et encadrée, et continuer à recruter de nouveaux membres, notamment parmi un public plus jeune, attiré par une image de sport ou d’activité de plein air.

 

Sanglier

 

Petit lexique pour décrypter le discours cynégétique

 

Derrière les mots modernes employés par les fédérations de chasse et les chasseurs se cache une réalité bien concrète. Voici un décryptage des principaux termes aujourd’hui utilisés.

 

Prélever


Le terme « prélever » est aujourd’hui largement utilisé par les fédérations de chasse pour remplacer les mots « tuer » ou « abattre ». Dans les communiqués et rapports, il est présenté comme un acte neutre et technique, presque administratif, comme si l’animal était un simple chiffre à gérer.

 

En réalité, prélever signifie traquer, blesser ou tuer un animal, souvent avec une arme à feu, parfois avec un arc et des flèches. La notion de prélevé supprime la dimension émotionnelle ou la souffrance infligée à l’animal, qui reste pourtant bien réelle. Le mot est systématiquement utilisé dans les bilans de chasse pour décrire le nombre d’animaux « récoltés », donnant une impression de gestion scientifique.

 

L’utilisation de ce mot contribue à banaliser l’acte de mise à mort et permet de désamorcer la critique du public, notamment auprès des non-initiés. Elle sert aussi à justifier des quotas, à évaluer la « gestion des populations » et à légitimer la présence de chasseurs sur le terrain. Même si les fédérations parlent de responsabilité ou de nécessité, le terme masque la violence intrinsèque de l’acte.

 

Régulation


La « régulation » est présentée par les chasseurs comme une action visant à maintenir l’équilibre des populations animales. Selon eux, certaines espèces seraient en surnombre ou menaceraient les cultures et la biodiversité, nécessitant un abattage ciblé.

 

Concrètement, il s’agit d’abattages volontaires décidés par l’homme, justifiés comme une mesure de gestion. Ces déséquilibres sont souvent eux-mêmes causés par l’activité humaine : destruction des habitats, nourrissage artificiel ou lâchers d’animaux destinés à la chasse. La régulation est donc une réponse fallacieuse à des problèmes créés par les chasseurs ou leurs pratiques.

 

Le terme permet de présenter la chasse comme nécessaire, rationnelle et légitime, en évitant de mentionner la mise à mort d’animaux. Il est également utilisé pour influencer l’opinion publique et minimiser l’impact émotionnel de la chasse. La régulation concerne toutes sortes d’espèces : sangliers, cerfs, renards, canards, faisans, mais aussi petits gibiers.

 

Les quotas sont souvent établis par les autorités locales en concertation avec les fédérations, ce qui renforce le contrôle des chasseurs sur le territoire. Cette pratique est valorisée comme un outil scientifique ou administratif, mais reste avant tout centrée sur le prélèvement volontaire d’animaux, pas sur leur protection ou sur un équilibre écologique réel.

 

Gestion adaptative


La « gestion adaptative » est présentée dans le discours cynégétique comme une approche moderne et scientifique de la régulation des espèces chassables. Selon ce que revendiquent les fédérations et leurs réseaux, elle consiste à ajuster les prélèvements d’une espèce selon l’état de sa population et de son habitat, en s’appuyant sur des données censées être continuellement recueillies et analysées.

 

Ce concept, importé de l’adaptive management nord américain, est mis en avant comme un moyen de concilier chasse et conservation. Dans la communication officielle, il permet d’affirmer que les quotas évoluent « au fil des observations » et « en fonction de la dynamique des populations », ce qui donne une image de flexibilité et de responsabilité.

 

En pratique, cependant, cette notion est souvent instrumentalisée comme un outil de justification des décisions cynégétiques plutôt que comme un mécanisme de gestion écologique indépendant. Les quotas de chasse sont fixés par une autorité politique, sur la base de scénarios proposés par des comités où les chasseurs jouent un rôle central.

 

La gestion adaptative ne se limite pas aux espèces en bon état de conservation : elle est également avancée pour des espèces en déclin ou en surnombre, dans des contextes où les données scientifiques peuvent être lacunaires. Des applications numériques destinées aux chasseurs sont utilisées pour déclarer en temps réel les prélèvements, ce qui est présenté comme une amélioration du suivi.

 

Il n’en reste pas moins que la définition proposée par les fédérations ne garantit pas une gestion réellement indépendante des prélèvements ou une remise en cause substantielle de la chasse, mais plutôt une adaptation des quotas tout en maintenant l’activité cynégétique. Ce terme technique, répétitif dans les communiqués et les discours officiels, donne une impression de rigueur scientifique tout en servant principalement à légitimer les prélèvements.

 

Valorisation de la venaison


La valorisation de la venaison est promue par les fédérations comme un moyen de réduire le gaspillage et de valoriser l’animal abattu, notamment en consommant sa viande. 

 

Dans les faits, cette notion déplace l’attention après la mise à mort, donnant l’impression que la chasse aurait une dimension responsable ou écologique. Elle est valorisée dans les communiqués et les formations comme un argument pour montrer que la chasse contribue à l’alimentation locale et à la gestion durable des populations.

 

Cependant, consommer la viande d’un animal tué ne modifie en rien la violence du prélèvement. Le terme permet surtout de transformer l’acte de tuer en geste rationnel et valorisant. Il est aussi utilisé pour influencer l’opinion publique et séduire de nouveaux chasseurs, en leur montrant un aspect pratique et « utile » de la chasse.

 

La valorisation peut inclure des conseils de découpe, des méthodes de conservation et des recettes, ce qui renforce l’image de sérieux et de professionnalisme. Pourtant, elle ne remet jamais en cause la légitimité ou la nécessité des tirs, ni la manière dont les animaux sont abattus.

 

Faisans

 

Lâcher de petit et gros gibier

 

Le terme « lâcher » est utilisé par les chasseurs pour décrire l’introduction volontaire d’animaux dans un environnement naturel avant la période de chasse, comme s’il s’agissait d’un geste anodin ou naturel. Il donne l’impression que ces animaux viennent « rejoindre » leur milieu, alors qu’ils ont été élevés en captivité spécifiquement pour être abattus. C’est bien ce que dénoncent de nombreux défenseurs de la cause animale : ces animaux sont élevés dans des conditions intensives puis relâchés pour être immédiatement exposés aux tirs.

 

Dans certains cas, les lâchers sont organisés massivement, augmentant artificiellement la densité d’animaux d’une espèce avant l’ouverture de la chasse. Cela crée une situation où des animaux non sauvages, peu adaptés au milieu libre, deviennent des cibles faciles, ce qui est présenté comme une « gestion » alors qu’il s’agit simplement d’un enrichissement des opportunités de tir. Les associations de protection animale ont documenté que ces pratiques peuvent causer stress, souffrance et mortalité élevée chez des animaux incapables de se nourrir ou se protéger après leur lâcher.

 

Pourtant, dans le vocabulaire cynégétique, on parle de « lâcher de petit gibier » sans jamais évoquer le sort réel des animaux. Ce mot, neutre en apparence, masque la réalité d’êtres vivants élevés et relâchés dans des conditions inadaptées, juste pour augmenter le nombre d’animaux disponibles pour la chasse. Les fédérations et certains acteurs pro chasse vantent ces pratiques comme un moyen de « soutenir les populations locales » ou de « dynamiser la nature », même si scientifiquement ces affirmations sont hautement discutables.

 

Les critiques pointent aussi que ces lâchers modifient des écosystèmes entiers, introduisant des animaux qui ne font pas partie de la dynamique naturelle des zones concernées, perturbant parfois des équilibres déjà fragiles. Enfin, le terme « lâcher » n’évoque jamais la violence qui attend ces animaux quelques jours ou semaines plus tard : ils ne sont pas « libérés », ils sont abandonnés à une mort presque certaine par tir. Ce vocabulaire édulcoré contribue à masquer la réalité de pratiques qui, loin de renforcer la biodiversité, renforcent surtout le spectacle de la mise à mort.

 

Pression cynégétique

 

La pression cynégétique désigne l’intensité de la chasse exercée sur une population animale, en fonction du nombre de chasseurs et du volume de prélèvements réalisés dans une zone donnée. Elle est souvent présentée comme un outil de régulation visant à maintenir un équilibre entre la faune sauvage, la forêt et les cultures agricoles. Les gestionnaires utilisent des indicateurs précis, comme la concentration de chasseurs par rapport aux animaux ou des indices de changement écologique (ICE), pour évaluer l’impact des populations sur la végétation.

 

L’objectif officiel est de prévenir les déséquilibres dus à une surpopulation d’ongulés (cerfs ou sangliers) qui pourraient provoquer des dégâts forestiers ou agricoles, tout en assurant la pérennité des espèces. Pour ce faire, les fédérations et les gestionnaires mettent en œuvre des outils tels que les plans de chasse, les battues, les tirs d’été et l’augmentation des attributions de prélèvement.

 

Cependant, cette pression peut avoir des effets profonds sur le comportement des animaux, les poussant à fuir certaines zones ou à modifier leurs habitudes de déplacement. Elle repose aussi sur des hypothèses d’équilibre naturel qui sont discutables : les populations de grands gibiers ont beaucoup augmenté ces dernières décennies, mais cette augmentation est largement liée à des facteurs humains, comme la diminution de prédateurs, l'importation d'animaux, le croissement des sangliers avec des cochons d'élevage, la fragmentation des habitats et l’alimentation artificielle.

 

Ainsi, derrière l’idée de “gestion équilibrée”, la pression cynégétique apparaît aussi comme un outil de justification de prélèvements élevés, qui ne résout pas toujours les causes profondes des déséquilibres. Elle illustre parfaitement comment un terme technique peut masquer la réalité de la mise à mort intensive et de l’influence humaine sur les populations animales.

 

Cerfs dans la forêt

 

Accident de chasse

 

Le terme « accident de chasse » est utilisé pour désigner toute blessure ou décès survenu lors d’une partie de chasse, laissant entendre qu’il s’agit d’un événement rare ou imprévisible. En réalité, ces accidents restent fréquents et parfois graves, touchant non seulement des chasseurs mais aussi des promeneurs. Le vocabulaire neutre masque la dimension de danger inhérente à l’activité : manipuler une arme et tirer sur des animaux dans des zones partagées comporte des risques importants.

 

Même si les fédérations insistent sur la formation et les règles de sécurité, les accidents montrent que la pratique de la chasse peut être hautement risquée et imprévisible. Les statistiques récentes montrent que plusieurs dizaines de personnes sont blessées chaque année, avec parfois des morts, ce qui relativise l’idée d’un loisir parfaitement maîtrisé. Le terme « accident » édulcore également la gravité des blessures infligées aux humains, tout comme « prélever » ou « régulation » édulcorent la violence infligée aux animaux.

 

Ainsi, employer ce vocabulaire technique ou atténué permet aux fédérations de présenter la chasse comme sûre et contrôlée, alors que la réalité sur le terrain montre que elle comporte des dangers tangibles. Cette minimisation contribue à donner au public une perception biaisée, éloignée des conséquences concrètes de l’activité. Le langage choisi joue donc un rôle clé pour normaliser des pratiques qui, en termes de sécurité humaine et animale, restent problématiques.

 

Acteur de terrain


Cette expression neutre permet de remplacer le mot « chasseur » dans les communications officielles. Elle suggère un rôle technique ou administratif plutôt qu’une personne armée.

 

En réalité, un « acteur de terrain » reste une personne équipée pour tirer sur des animaux, circulant dans des espaces partagés avec d’autres usagers. Ce terme contribue à diminuer la perception de danger et de violence auprès du public, tout en légitimant la présence des chasseurs.

 

Pourquoi ces mots ne sont pas anodins

 

Le langage façonne la perception. En utilisant des termes techniques ou valorisants, la chasse parvient à banaliser la mise à mort, à éloigner le public de la réalité du terrain et à rendre acceptables des pratiques de plus en plus contestées. Comme toute structure organisée, les fédérations de chasse et les acteurs économiques qui gravitent autour d’elles (fabricants d'armes, de munitions, d'équipements, etc.) ont besoin de nouveaux membres et de ressources financières. Le vocabulaire devient alors un outil stratégique.

 

Lièvre dans une prairie

 

Redonner leur sens aux mots

 

Redonner leur sens aux mots n’est pas qu’une question de style : c’est une condition essentielle pour comprendre la réalité de la chasse et de ses impacts. Les termes employés par les fédérations et les chasseurs : prélever, régulation, gestion adaptative, valorisation de la venaison ou lâcher, transforment des actes de mise à mort en gestes neutres, techniques ou responsables. En utilisant ce vocabulaire, le discours cynégétique édulcore la violence et masque la souffrance des animaux, tout en présentant la chasse comme une activité légitime et nécessaire.

 

Comprendre ce que signifient réellement ces mots permet de déjouer les stratégies de communication et de replacer la chasse dans son contexte réel : un loisir organisé autour de la mort volontaire d’animaux. Cela donne aussi la possibilité de questionner les pratiques et les justifications avancées pour la gestion des populations, qui sont souvent présentées comme scientifiques alors qu’elles restent centrées sur les intérêts cynégétiques.

 

En somme, restituer le sens des mots, c’est reconnecter le langage à la réalité vécue par les animaux, pour que les politiques, les gestionnaires et le public puissent prendre des décisions éclairées et responsables. Sans cette clarté, les termes techniques ou valorisants continueront de masquer la vérité, rendant le débat public confus et manipulé.

 

 

Ils sont perdus

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