Le sanglier, le mal-aimé de nos bois et forêts

Regard d'un sanglier
Regard d'un sanglier

Un plaidoyer pour cesser l'exécution systématique des sangliers et reconnaître la responsabilité humaine dans leur prolifération.

 

Article du 18 janvier 2026

 

Chaque année, le sanglier subit une pression sans précédent. Traqué, blessé, exécuté puis souvent exhibé comme un trophée macabre sur les réseaux sociaux, cet animal intelligent est devenu le coupable idéal de nos déséquilibres écologiques. Pourtant, derrière l’image de l’envahisseur se cache une réalité plus sombre : celle d’une espèce manipulée par l’homme, aujourd'hui sacrifiée sur l'autel de la commodité.

 

Un "nuisible" créé de toutes pièces par l'homme

 

Pendant des décennies, la gestion cynégétique a traité le sanglier non pas comme un être sensible, mais comme un produit de consommation. Dans les années 60 et 70, pour satisfaire une demande croissante de gibier, des pratiques ont été instaurées qui se retournent aujourd'hui contre la biodiversité. Des croisements génétiques avec des porcs d'élevage (cochonglier) ont été réalisés pour augmenter la prolificité des laies, transformant un animal sauvage à la reproduction modérée en une espèce à la natalité décuplée.

 

À cela s'est ajouté l'agrainage massif (le nourrissage en forêt), qui a brisé le cycle naturel de sélection hivernale. Aujourd'hui, on pointe du doigt le "trop-plein" de sangliers en oubliant que l'humain a lui-même forcé cette explosion démographique. Le sanglier n'est pas un envahisseur par choix, mais par héritage. Son habitat, sans cesse grignoté par l'urbanisation et l'agriculture intensive, le pousse inévitablement vers nos jardins et nos routes, faisant de lui une cible facile pour les chasseurs.

 

Au-delà de la mise à mort : le respect dû à la vie sauvage

 

Le traitement réservé au sanglier dans la mort soulève des questions éthiques profondes. Les réseaux sociaux regorgent d'images déshumanisantes où l'animal mort est réduit à un objet de divertissement. Cette absence de respect pour la dépouille d'un être vivant témoigne d'une déconnexion inquiétante avec le monde animal.

 

L’exécution systématique est-elle vraiment la seule réponse que nous puissions offrir ? Tuer n'a jamais été une solution pérenne ; c'est un pansement sur une plaie ouverte par nos propres excès. En continuant sur cette voie, nous ne faisons qu'entretenir un cycle de violence sans jamais traiter la cause du problème. Il est temps de restaurer la dignité de cet animal qui, rappelons-le, joue un rôle essentiel de "laboureur des bois", favorisant la régénération des sols et la biodiversité lorsqu'il est en équilibre avec son milieu.

 

Les solutions non létales : pour que la forêt redevienne un sanctuaire

 

Si la réintroduction de prédateurs naturels comme le loup divise et semble ne faire que déplacer le problème vers de nouveaux conflits, d'autres voies existent. Elles demandent du courage politique et une remise en question de nos modèles économiques, mais elles sont les seules à garantir une éthique de vie.

 

  1. La contraception immunologique : Déjà testée avec succès dans certains environnements périurbains en Europe, elle permet de stabiliser les populations de manière chirurgicale sans verser le sang.

  2. La sanctuarisation des habitats : En restaurant de vastes corridors écologiques et en protégeant les cœurs de forêts, nous redonnons au sanglier un espace où il n'entre plus en conflit avec l'activité humaine.

  3. La fin de l'agrainage et la protection physique : Supprimer les sources de nourriture artificielle et investir massivement dans des infrastructures de protection des cultures (clôtures enterrées, détection) réduirait mécaniquement les portées et les dégâts.

 

Il est temps d'ouvrir les yeux. La forêt ne doit plus être un champ de bataille, mais un sanctuaire pour tous les êtres qui l'habitent. Rendre justice au sanglier, c'est avant tout reconnaître nos erreurs et choisir la science et la compassion plutôt que la traque et l'exécution.

 

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