
Le tribunal de Caen a condamné deux chasseurs pour avoir achevé à la dague un cerf sur la propriété privée de Luc Besson
Article du 21 janvier 2026
Le tribunal correctionnel de Caen a rendu son délibéré ce mardi 20 janvier 2026. Deux chasseurs ont été condamnés après avoir pénétré illégalement sur la propriété du cinéaste Luc Besson pour y massacrer un cerf à l’arme blanche (dague). Si la qualification d’acte de barbarie a été reconnue, la légèreté des peines et l'absence de prison ferme soulèvent une vague d’indignation chez les protecteurs de la nature.
Un acte de barbarie filmé au cœur du domaine de la Trinité-des-Laitiers
Les faits, d’une violence inouïe, remontent à une partie de chasse qui a basculé dans l'illégalité la plus totale. Alors qu’ils traquaient un cerf avec une meute de chiens, les chasseurs n’ont pas hésité à franchir les limites de la propriété privée de Luc Besson, située à Cisai-Saint-Aubin dans l'Orne. Acculé, l'animal s'était réfugié sur le terrain du réalisateur, espérant y trouver un sanctuaire. C’était sans compter sur l’acharnement des deux prévenus.
La scène, d’une cruauté insoutenable, a été intégralement filmée par la mère du réalisateur du Grand Bleu, présente sur les lieux. Sur les images, on voit les deux hommes s’acharner sur l’animal avant de l'achever à l’aide d’une dague. Ce document vidéo, pièce maîtresse du dossier, a permis de démontrer que l’animal n'était pas mortellement blessé avant l'intervention des chasseurs. Il aurait pu être sauvé, mais la soif de mise à mort l'a emporté sur l'éthique et la loi.
Luc Besson avait déclaré à la barre lors de l'audience le 9 décembre 2025 :
Ils ont tué l’animal comme des sauvages en rentrant chez une dame de 85 ans sans rien lui demander. Elle n'a jamais demandé à ce qu'on l'achève. C'est odieux !
Un verdict dérisoire : la "barbarie" sanctionnée par de simples amendes
Le verdict, tombé ce mardi, sonne comme un aveu de faiblesse du système judiciaire face au lobby cynégétique. Les deux chasseurs, qui ont quitté le tribunal d'Argentan en refusant obstinément de s'exprimer devant la presse, ont été condamnés à des peines bien légères au regard de l'horreur des faits.
L’auteur du coup de couteau a écopé d’une amende de 1 200 euros, tandis que son complice a été condamné à 600 euros. En complément, le tribunal a prononcé une suspension de leur permis de chasser pour une durée d'un an, assorti de l'excécution provisoire. Sur le plan civil, les deux condamnés devront verser solidairement 3 000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles, notamment aux associations Stéphane Lamart et l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages), qui s'étaient portées garantes de la mémoire du grand cervidé.
Si le tribunal correctionnel de Caen a officiellement reconnu la qualification d'acte de barbarie, la traduction pénale de cette reconnaissance reste désolante. Pourtant, le Code pénal permet désormais d'infliger jusqu'à 3 ans de prison ferme et 45 000 euros d'amende pour des sévices graves envers les animaux.
Dans cette affaire, toutes les circonstances aggravantes étaient réunies : l’intentionnalité, la cruauté d’une agonie lente à la dague et la violation de domicile. En évitant la prison ferme et en se contentant de sanctions pécuniaires qui semblent dérisoires pour de tels actes, la justice envoie un message désastreux : la vie d'un cerf, même lorsqu'il est massacré dans des conditions atroces, reste traitée avec une indulgence coupable. Pour les défenseurs des animaux, ce recul des magistrats est une occasion manquée de rappeler que l'animal est un "être vivant doué de sensibilité" et non un simple "gibier" que l'on peut saigner impunément.
Réactions de la famille Besson face à la décision du tribunal d'Argentan
Bien que le tribunal ait admis qu'il s'agissait d'un acte de barbarie, la justice semble avoir reculé devant la possibilité d'infliger une peine de prison ferme, pourtant permise par le Code pénal (jusqu'à 3 ans d'emprisonnement pour sévices graves).
La mère de Luc Besson a déploré que les agresseurs échappent à une sanction véritablement exemplaire. Témoin direct de l'agonie de l'animal dans son propre jardin, elle regrette que le statut actuel de l'animal sauvage permet toutes les dérives de la chasse.
Se félicitant du verdict, le cinéaste a salué une décision de justice qui condamne les deux individus à verser plusieurs milliers d'euros de dommages et intérêts. Outre cette sanction financière, ces derniers se voient retirer leur permis de chasse et devront suivre un stage de sensibilisation. Suite au jugement, Luc Besson a déclaré :
Je suis très content qu'ils aient été condamnés.
Moi, personnellement, en tant qu'être humain, ils auraient été en taule que ça ne m'aurait pas gêné, mais je sais qu'il y a une émotion qui fait qu'évidemment on aurait envie d'être beaucoup plus dur avec ces gens-là, ces criminels.
Le non-respect de la propriété privée : une impunité persistante
Cette affaire met en lumière un problème récurrent : l'arrogance de certains pratiquants de la chasse qui se considèrent au-dessus du droit de propriété. La pénétration sur des domaines privés à la poursuite d'une proie est une violation flagrante de la loi, trop souvent minimisée sous couvert de "tradition".
Dans le cas présent, le cerf était à bout de forces, sur un terrain privé. Le tribunal a reconnu que l'animal aurait pu être soigné. En choisissant d'utiliser la dague sur un être vivant conscient et protégé par une enceinte privée, les chasseurs ont fait le choix délibéré de la barbarie gratuite.
L'affaire du cerf de Luc Besson restera comme le symbole d'une justice qui hésite encore à punir sévèrement les bourreaux de la faune sauvage. AnimalWeb Belgique continuera de dénoncer ces pratiques archaïques et de réclamer des peines de prison systématiques pour tout acte de cruauté avéré.
Récapitulatif du jugement
| Sanction / Dommage | Détail de la condamnation |
| Amende (Tueur) | 1 200 euros |
| Amende (Complice) | 600 euros |
| Permis de chasse | Retrait d'un an avec exécution provisoire |
| Dommages et intérêts | 3 000 euros (ASPAS et Stéphane Lamart) |
| Qualification pénale | Acte de barbarie reconnu |
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