
Cet article dénonce l'instrumentalisation des bénévoles par les politiques.
Article du 29 mars 2026
À chaque printemps, le scénario se répète : des milliers de Belges s'arment de gants et de sacs pour nettoyer la nature. Si l'élan est noble, il pose une question dérangeante : l'État n'est-il pas en train de transformer ses citoyens en agents de propreté gratuits ? Entre communication de façade et manque de courage législatif, il est temps de demander si les bénévoles ne sont pas les victimes d'un système qui préfère ramasser plutôt que de sanctionner.
BEWapp ou l’art de déléguer la propreté publique aux bénévoles
Le succès médiatique des campagnes de ramassage comme BEWapp est indéniable. On y voit des sourires, de la camaraderie et des montagnes de sacs plastiques remplis de canettes, de mégots, de masques, de pneus, etc. Mais grattons sous le vernis de la "citoyenneté positive" : ce que nous célébrons comme une fête de l'engagement est, en réalité, le symptôme d'un échec régalien.
En encourageant les enfants, les seniors et les personnes vulnérables à nettoyer les incivilités des autres, les politiques réalisent une opération comptable parfaite :
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Zéro coût de main-d'œuvre : Des milliers d'heures de travail offertes par des citoyens de bonne volonté.
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Communication verte à bas prix : Quelques selfies avec un sac poubelle suffisent à donner une illusion d'action environnementale.
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Transfert de culpabilité : On braque les projecteurs sur le "geste citoyen" pour éviter de parler d'une minorité qui pollue.
Pour beaucoup, le constat est amer : le bénévole est devenu la "bonne poire" d'un système qui refuse de s'attaquer aux véritables responsables.
Discipline et sanction : Pourquoi la Suisse et le Japon réussissent là où la Belgique stagne
Si la Suisse et le Japon affichent une propreté exemplaire, ce n'est pas par miracle, mais par une application rigoureuse de principes que la Belgique a peur d'adopter. Là-bas, la propreté n'est pas une option laissée à la bonne volonté des bénévoles, c'est une exigence d'État.
- En Suisse, le système repose sur une politique de "tolérance zéro" et une logique financière implacable : la taxe au sac. En rendant le déchet coûteux pour celui qui le produit, on incite au tri radical. Surtout, la certitude de la sanction change tout : des brigades de l'environnement n'hésitent pas à identifier les auteurs de dépôts sauvages pour leur infliger des amendes dissuasives.
- Au Japon, la réussite est culturelle et éducative : dès le plus jeune âge, les écoliers nettoient eux-mêmes leurs locaux, ancrant ainsi le respect de l'espace public dans leur ADN. On n'y installe pas des poubelles à chaque coin de rue pour "faciliter" la vie des gens ; on éduque chaque citoyen à ramener ses propres déchets chez soi.
Le bénévolat : Un esclavage moderne au service du marketing politique ?
Il est temps de dire les choses clairement : compter sur des enfants, des seniors ou des personnes handicapées pour ramasser les détritus jetés par d'autres est un aveu de faillite. En célébrant ces journées, les politiques réalisent une opération parfaite : du travail gratuit et une communication "verte" à bas prix. Le bénévole est devenu la "bonne poire" idéale qui permet d'éviter de sanctionner les 10 % de pollueurs qui empoisonnent la vie des 90 % de citoyens propres. Pourtant, des solutions existent. Voici 7 piliers pour une Belgique réellement propre :
1. Une éducation à la propreté dès l'entrée à l'école
Si certains avancent que la sensibilisation existe déjà, l'état pitoyable de nos communes prouve que le message ne passe pas. Il est urgent d'instaurer des programmes pédagogiques robustes et obligatoires tout au long de la scolarité. La propreté ne doit pas être un "atelier" ponctuel, mais une base de l'enseignement civique.
2. Soutien massif aux associations de réparation
L'obsolescence programmée remplit nos fossés d'électroménagers. Les ASBL et "Repair Cafés" qui luttent contre ce gaspillage par le bénévolat doivent être soutenues financièrement par l'État. Réparer plutôt que jeter est une arme capitale contre les dépôts sauvages.
3. Optimiser la gestion des ordures et des recyparcs
La Belgique dispose d'un arsenal complet (bulles à verre, points d'apport volontaire, recyparcs). Pourtant, le système a ses failles. Un audit approfondi des entreprises de collecte est nécessaire pour dégager des marges et offrir un meilleur service : rétablissement systématique de l'enlèvement des encombrants à domicile et élargissement des horaires des recyparcs lors des périodes de forte affluence.
4. Des moyens technologiques pour les agents de propreté
Aujourd'hui, nos agents s'épuisent à fouiller des sacs pour trouver une adresse sur un ticket de caisse. Il faut créer des équipes mobiles d'élite dotées de drones, de caméras de surveillance nomades et de relevés d'empreintes pour authentifier et confondre les délinquants environnementaux de manière scientifique.
5. Des sanctions administratives systématiques
Pourquoi sanctionne-t-on automatiquement un excès de vitesse de quelques kilomètres/heure et pas un jet de canette ? Le processus administratif doit devenir immédiat. Une infraction constatée doit déboucher sur une amende automatique et/ou sur un travail d'intérêt général, mettant fin au sentiment d'impunité qui règne actuellement.
6. Le signalement citoyen : Un outil collaboratif
La police ne peut pas être partout, surtout dans les vastes zones rurales de Wallonie. Il faut créer une plateforme officielle régionale ou fédérale où les citoyens peuvent déposer photos et vidéos probantes de délinquants en plein acte (vidage de véhicule, jet de déchets). Ces preuves doivent servir de base légale aux sanctions.
7. Réquisition et travail d'intérêt général pour les délinquants
L'amende ne suffit pas, surtout face aux insolvables. La solution ? L'application rigoureuse de travaux au profit de la population. Les condamnés doivent être réquisitionnés pour :
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Assister les agents de tri et de ramassage.
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Effacer les graffitis et réparer le mobilier urbain dégradé.
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Entretenir les espaces publics qu'ils ont eux-mêmes souillés.
Respecter les bénévoles, c'est ne plus avoir besoin d'eux
Le véritable respect envers ceux qui donnent de leur temps pour l'environnement, ce n'est pas de les applaudir sur Facebook. C'est de mettre en place des politiques qui rendront leur action inutile. Tant que les ministres et les bourgmestres compteront sur les "bonnes poires" pour faire le travail des agents de propreté, la Belgique restera à la traîne des nations propres.
L'impact sur la faune est catastrophique : chaque jour de retard politique est un jour de plus où un animal s'étouffe avec un plastique ou se blesse en marchant sur un débri de verre qu'un bénévole n'a pas encore ramassé.
Retrouvez notre analyse sur l'urgence d'une gestion structurelle des déchets : Pour une Belgique sans déchets dans la nature et dans les villes.
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