Chasse en Ardennes : l'omerta brisée par un lanceur d'alerte face à la violence de terrain

Sanglier pourchassé par des chiens et des chasseurs
Sanglier pourchassé par des chiens et des chasseurs

Un habitant de la vallée de la Semois brise l'omerta sur les pratiques de chasse intensives et les intimidations en milieu rural.

 

Article du 31 mars 2026

 

Venu chercher la quiétude des forêts ardennaises, un simple citoyen s'est retrouvé plongé au cœur d'un conflit brutal. Entre intimidations physiques et lâchers de gibier illégaux, son récit lève le voile sur une réalité souvent ignorée : celle d'une chasse qui s'affranchit des lois et de l'éthique pour protéger ses privilèges.

 

La vallée de la Semois, ses paysages de cartes postales et ses sentiers de randonnée... Pour beaucoup, les Ardennes sont un refuge de biodiversité. Mais derrière cette vitrine touristique se cache une tension sociale permanente dès que s'ouvre la saison de la chasse. Aujourd'hui, AnimalWeb Belgique publie le témoignage d'un habitant de la région de Vresse-sur-Semois. Son crime ? Avoir refusé de détourner le regard face à ce qu'il considère comme des actes de cruauté et des irrégularités administratives.

 

Un système verrouillé par la peur et le silence

 

Si ce récit nous parvient aujourd'hui, c'est parce qu'il fait figure d'exception. En milieu rural, la pression sociale est telle que peu de gens osent témoigner. La peur des représailles, qu'elles soient sociales (exclusion du village) ou physiques, impose une loi du silence qui protège les barbaries. Ce témoin, en acceptant de parler, devient le porte-parole de nombreux habitants qui subissent quotidiennement les nuisances et les dangers de la chasse sans oser élever la voix.

 

Un basculement de la randonnée à l'action citoyenne

 

Le témoignage que nous relayons aujourd'hui est celui d'un homme qui n'avait aucune prédisposition au militantisme radical. C'est la confrontation directe avec la réalité du terrain qui a servi de déclic. L'agonie d'animaux sous les rires, les chiens de chasse confinés dans des remorques exiguës et le sentiment d'une forêt privatisée ont transformé ce randonneur en observateur critique, puis en opposant actif.

 

Ce récit met en lumière la solitude du lanceur d'alerte en milieu rural. Dans ces zones où tout le monde se connaît, s'opposer à la chasse revient souvent à s'exclure de la communauté villageoise, voire à s'exposer à des représailles physiques. Le témoin décrit des scènes d'une violence inouïe : être braqué par un fusil de chasse en pleine rue ou faire face à une agression à la batte de baseball. Ces actes ne relèvent plus de la passion sportive, mais de l'intimidation criminelle.

 

Au-delà de la violence physique, c'est l'isolement institutionnel qui glace le sang. Le témoignage met en évidence une affinité troublante entre le monde de la chasse et les autorités locales. Entre un bourgmestre pointé du doigt, des gardes forestiers dont la neutralité semble s'effacer devant les intérêts privés et une police locale qui semble faire la sourde oreille aux signalements, le soutien public est inexistant. Ce manque de relais officiel laisse le citoyen seul face à un système verrouillé, où la protection des traditions semble primer sur la sécurité et le droit des habitants et des animaux qui ne demandent qu'à vivre en paix.

 

L'ombre des lâchers illégaux : la preuve par la pandémie

 

L'un des points les plus techniques de ce témoignage concerne la gestion du gibier. Officiellement, la chasse est présentée comme un outil de régulation. Pourtant, le témoin apporte un éclairage crucial sur l'importation de gibier d'élevage.

 

Selon ses observations, de nombreux animaux seraient relâchés en forêt à la fin du printemps (mai), pour garantir un "tableau de chasse" abondant. La preuve la plus flagrante résulterait de la crise du Covid-19 : avec la fermeture des frontières, les quotas de prélèvements n'auraient jamais pu être atteints dans certains secteurs, faute d'animaux "importés" par camions.

 

Le Témoignage : "Dix ans de résistance au cœur des forêts"

 

Note d'AnimalWeb : Le texte ci-dessous est le récit brut de notre témoin.

 

J'ai quitté Halle, près de Bruxelles, pour Vresse-sur-Semois, plus précisément pour la commune d'Alle-sur-Semois, en 2016, il y a tout juste dix ans. À l'époque, je n'avais absolument aucune intention de devenir un saboteur de chasse actif, mais je recherchais la tranquillité des Ardennes. Je suis un randonneur ; j'ai toujours adoré ça. Et les Ardennes sont un paradis pour les randonneurs, surtout pour un Flamand.

 

Lorsque la première saison de chasse a commencé et que je me suis finalement retrouvé confronté à la chasse, j'entendais des coups de feu de partout au loin, des hommes et des chiens hurlant comme des bêtes parce qu'ils avaient tué un sanglier. Mais le moment où j'ai vu une exécution de mes propres yeux près du village de Gros Fays… je ne l'oublierai jamais. Il ne s'agissait pas de tuer l'animal, mais il était clair quel plaisir ces chasseurs prenaient à terroriser et à poursuivre des animaux sans défense. J'ai vu l'agonie d'un animal innocent et les rires des chasseurs. Plus tard, j'ai aperçu le même groupe de chasseurs en train de faire la fête dans une maison de vacances du village de Rocheaut. Leurs chiens de chasse étaient enfermés dans une minuscule remorque, comme du matériel, tandis que les chasseurs allaient faire la fête et boire.

 

Les chasseurs m'ont dévisagé quand je suis passé, car je leur ai lancé un regard noir et j'ai dit : " C'est inhumain ! Ce sont des monstres !" Cette même année, j'ai compris qu'il ne fallait pas rester les bras croisés, mais faire passer un message à ces chasseurs : les Ardennes n'approuvent pas tous leurs actes de cruauté envers les animaux.

 

Sur mon scooter Kisbee noir, je me suis lancé dans la chasse active et j'ai tenté de la saboter de diverses manières, en m'inspirant d'idées trouvées sur internet : faire du bruit, utiliser de l'eau citronnée, créer et afficher des pancartes, et neutraliser les miradors. Pendant les premières années, j'ai continué à saboter en solitaire, en perturbant les chasses dans nos forêts de la région de Bouillon, Vresse et Bièvre. En 2018, j'ai suivi une chasse à Vresse même, où des chasseurs étaient postés en pleine rue, prêts à abattre les animaux débusqués par leurs chiens. Ces mêmes chiens qui, plus tard, ont dû être transférés à La Louvière pour cause de négligence.

 

Je faisais des allers-retours dans la rue, en faisant un bruit infernal avec mon scooter, au grand dam des chasseurs. Mais dans une descente, où mon scooter pouvait prendre de la vitesse, j'ai vu une biche traverser la route. Un peu plus loin, j'ai vu un chasseur la viser, et grâce à la vitesse de mon scooter, j'ai réussi à lui faire prendre la fuite.

 

Mais là, j'ai vu le chasseur braquer son fusil sur moi… pendant au moins dix secondes, en pleine rue. Les dix secondes les plus longues de ma vie, car je pensais : "S’il tire, c’est un accident de chasse… "

 

Il a baissé son fusil et, sous le choc, j’ai fracassé les panneaux « Chasse en cours » un peu plus loin sur la route. Dans la région, mon visage est devenu familier, celui d'une sorte d'écoterroriste. Surtout celui du garde forestier, qui chasse et travaille lui-même et se fait payer par le chasseur engagé par notre forêt.

 

Quand je l'ai vu remettre de l'argent au garde forestier dans un petit endroit appelé "Ban D'alle ", il m'a crié : "Tu n'as pas le droit d'être ici, demain c'est la chasse !"

 

Moi : "Oui, demain, pas maintenant."

 

Vresse avait instauré sa propre règle : interdiction d'entrer dans la forêt deux jours avant la chasse, une règle inventée pour des gens comme moi.

 

Il y a deux ans, lors d'une promenade en avril, ce même garde forestier m'a menacé depuis sa voiture : il s'en prendrait à mon père, qui vit avec moi, si un autre point de vue était endommagé.

 

Ce même garde forestier a porté plainte contre moi un an plus tard auprès de la police locale pour avoir partagé sa photo sur Facebook avec son nom. La même police que j'ai moi-même dénoncée pour corruption l'année dernière, car j'ai de nombreuses preuves à ce sujet... notamment l'implication d'un bourgemestre. La commune a manifestement diffusé mes coordonnées, car je n'avais jamais communiqué mon nom ni mon adresse à qui que ce soit dans les Ardennes ; seule la commune était au courant.

 

En conséquence, j'ai également été menacé devant chez moi en août 2024 par un propriétaire d'un élevage de bisons dans le village d'Orchimont, et par un employé de chasse indépendant originaire du village de Frahan, qui possède malheureusement une résidence secondaire dans ma rue et y promène ses chiens lorsqu'il va boire un verre dans un café du centre-ville.

 

Il nous a menacés à plusieurs reprises.

 

Malheureusement, ces menaces se sont concrétisées lorsqu'un homme est soudainement sorti de sa voiture, une batte de baseball à la main.

 

Par pur instinct, j'ai sorti mon couteau de chasse de ma poche, prêt à m'en servir… chose à laquelle il ne s'attendait pas… Une semaine plus tard, le garde forestier m'a abordé et menacé après… ce que je soupçonnais… une tentative d'agression à la batte de baseball. C'est une solitude affligeante d'être le seul saboteur de chasse au cœur des Ardennes… c'est aussi effrayant et intimidant.

 

Mais la souffrance, la terreur et la mise à mort de tous ces animaux innocents sont bien pires. Mon père et moi avons également été témoins, les années précédentes, de la présence de camions transportant des animaux relâchés illégalement, avant la pandémie.

 

Lorsque nous l'avons signalé à la police et au garde forestier, ils nous ont ignorés.

 

Ce que je n'oublierai jamais non plus, c'est que, lors de mes nombreuses aventures, j'ai assisté à un rituel d'initiation sanglant, non loin de Rocheuat.

 

Durant mes années de sabotage, j'ai rencontré un vieux chasseur qui, sans le savoir, m'a tout révélé sur la chasse actuelle, les lâchers d'animaux et la collaboration entre la police, les ministères et les services locaux. Mais aussi sur l'agressivité particulièrement extrême des agents de chasse et des traqueurs locaux. L'année dernière, suite aux incidents impliquant le garde forestier et la batte de baseball, et après avoir croisé un autre sanglier tué par un tir de crosse lors d'une promenade, j'ai décidé de créer cette page. Celle-ci se heurte à une forte opposition de la part des chasseurs en France et en Belgique. Un ancien champion du monde de cyclisme originaire de Remouschamps, l'a même accusée à tort d'être un faux compte, ce qui a entraîné la disparition temporaire de mon compte principal et son abonnement à ma page.

 

J'ai déjà risqué ma vie à plusieurs reprises et, compte tenu du danger que représente mon père, mes actions de sabotage ont été réduites et déplacées vers d'autres régions.

 

Question complémentaire : Quels sont les périodes où les lâchers d'animaux se font ?

 

Les animaux sont généralement relâchés à la fin du printemps, principalement en mai. Mon père et moi l'avons constaté en suivant plusieurs camions sur de larges chemins forestiers, ce qui a été confirmé par des chasseurs et d'anciens chasseurs.

 

C'est pourquoi, pendant la pandémie de Covid-19, ils n'ont jamais pu atteindre le nombre d'animaux abattus fixé par le gouvernement wallon, en raison des contrôles trop importants aux frontières.

 

Lien Facebook de la page Ardennes anti-chasse

 

Briser le silence : un appel à la mobilisation citoyenne

 

Ce témoignage n'est que la partie émergée de l'iceberg. AnimalWeb Belgique souhaite rappeler que la forêt est un bien commun et que la loi doit s'y appliquer avec la même rigueur qu'ailleurs. Les menaces physiques et le non-respect des règles de sécurité ne peuvent être tolérés au nom d'une tradition.

 

Nous ne comptons pas en rester là. Pour transformer ce témoignage en levier d'action, nous avons besoin de vous.

 

Appel à témoins : Aidez-nous à documenter la réalité

 

Vous résidez en Ardennes ou vous êtes un usager régulier de la forêt ? Vous avez été témoin de pratiques similaires ?

 

  • Avez-vous observé des convois suspect de transport d'animaux (notamment en période de printemps) ?

  • Possédez-vous des photos ou des vidéos de comportements dangereux (tirs à proximité des habitations, menaces, alcoolémie) ?

  • Avez-vous subi des pressions ou des intimidations pour avoir osé circuler sur des chemins publics en période de chasse ?

 

Chaque preuve compte. Nous garantissons l'anonymat total de nos sources pour protéger votre sécurité et votre vie privée. Ensemble, sortons de l'omerta et exigeons une gestion de la nature transparente, éthique et respectueuse de tous.

 

Contactez-nous via info@animalweb.be ou info@animalsprotect.org . Ne restez plus seuls face aux abus. Dénoncez-les !

 

AnimalWeb Belgique : Le seul média 100 % libre et indépendant

 

Pourquoi lire AnimalWeb Belgique ? Parce que nous sommes le seul média animalier du pays à garantir une liberté de ton totale.

 

Notre modèle est unique : nous refusons systématiquement toute subvention publique ou privée qui pourrait, de près ou de loin, constituer un frein à notre intégrité. En déclinant ces financements, nous nous affranchissons des pressions politiques et des lobbys qui dictent trop souvent ce qui doit être médiatisé, et ce qui doit rester sous silence, concernant les animaux des champs, des bois et des forêts

 

  • Pas de compromis : Nous ne dépendons d'aucun ministère, d'aucune fédération, d'aucun parti.

  • Une seule priorité : La défense des animaux et la préservation de la biodiversité réelle, loin des discours de façade.

  • Une voix pour les sans-voix : Cette indépendance nous permet de publier des témoignages exclusifs, comme ceux dénonçant la chasse en Ardennes, là où d'autres médias préfèrent détourner le regard pour ne pas froisser leurs donateurs.

 

Soutenir AnimalWeb Belgique, c'est soutenir une information brute, courageuse et indomptable au service du vivant.

 

Plus d'informations sur AnimalWeb Belgique :

Chasse et maltraitance

Médias belges : Le "quatrième pouvoir" est-il devenu la carpette des lobbys de la chasse ?

Chasses royales à Ciergnon

Thèmes :Actualités, Bien-être animal, Chasse, Témoignages, Ardennes, Wallonie