Les chiens de chasse, les parias du code wallon du bien-être animal

2 beagles identiques
2 beagles identiques

Une enquête exclusive révèle l'angle mort du Code wallon du bien-être animal concernant les chiens de chasse.

 

Article du 23 mai 2026

 

En Wallonie, chiens et chats partagent le quotidien de milliers de familles, bénéficiant d'une protection juridique théoriquement exemplaire. Pourtant, derrière la vitrine politique d'une région prétendument pionnière en matière de protection animale, une catégorie de canidés semble avoir été sacrifiée sur l'autel des traditions cynégétiques et des intérêts politiques : les chiens de chasse. Requalifiés dans les faits en simples outils de travail, ils font face à des risques mortels permanents, au cœur d'un incroyable vide institutionnel.

 

Vous n’avez pas trouvé les 7 différences entre ces deux photos de Beagle ? C’est normal : biologiquement et légalement, elles n'existent pas. Pourtant, un gouffre les sépare. L’un est un animal de compagnie protégé par la loi, dont le moindre coup ou la moindre négligence conduirait son maître devant un tribunal. L’autre est un chien de chasse déclassé, considéré sur le terrain comme un simple outil jetable que l’on peut affamer, envoyer au combat face au grand gibier et mourir sous les balles. En parcourant cette enquête exclusive, vous découvrirez comment la réalité du terrain et le flou politique brisent cette apparente égalité.

 

Un Code du bien-être animal à double vitesse en Wallonie

 

Le Code wallon du Bien-être animal (CWBEA) fait la fierté des ministres successifs de la Région, qui l'utilisent volontiers comme un outil de communication pour positionner la Wallonie à l'avant-garde européenne. Cependant, les actes politiques récents posés sous la tutelle du ministre-président Adrien Dolimont soulignent de profondes et dérangeantes incohérences. Récemment, des adaptations législatives ont par exemple permis l'inscription du maintien de dauphins en delphinarium pour des raisons dites « scientifiques », et ce, à contre-courant de la plupart des pays occidentaux qui actent la fermeture de ces structures pour des raisons évidentes de respect du bien-être des cétacés.

 

Si la Wallonie recule ainsi sur le bien-être des mammifères marins, le traitement réservé aux chiens de chasse n'est guère plus reluisant. Pour diverses raisons, et tout particulièrement pour ne pas froisser le puissant lobby de la chasse, un déclassement de fait s’est opéré. Pour ces animaux, les mailles du filet de protection se distendent jusqu'à disparaître. Il n'est plus question pour eux des égards dus aux animaux de compagnie : ils sont réduits à l'état d'objets, d'outils utilitaires destinés à accompagner les chasseurs dans leur funeste parcours. Pourtant, le contraste est saisissant : alors que les chasseurs ne risquent pas grand-chose sur le terrain, à part trébucher sur une branche de bois ou se casser un ongle, leurs chiens courent un danger de mort avant, pendant et après chaque battue.

 

Les 7 réalités de terrain : Le calvaire des chiens de traque

 

Pour comprendre la fracture qui sépare le chien de salon du chien de forêt, il suffit d'analyser les conditions de vie et les risques inhérents à l'activité cynégétique. Ces réalités dessinent un tableau sombre, loin de l'image idyllique du compagnon de grand air :

 

1. La détention de masse et la violence des enclos

 

Contrairement au chien de famille qui partage l'espace de vie de ses maîtres, les chiens de chasse, en meute, sont fréquemment détenus dans de grands enclos industriels. Cette promiscuité forcée et le manque de socialisation individualisée augmentent considérablement les risques de tensions. Les bagarres territoriales ou hiérarchiques y sont courantes, entraînant des morsures graves, des mutilations et, dans les cas les plus tragiques, la mort d'animaux dominés.

 

2. La privation intentionnelle de nourriture

 

Une pratique particulièrement cruelle et archaïque subsiste dans certains équipages avant les journées de traque : les chiens de chasse sont affamés avant les battues. Cette sous-alimentation volontaire est orchestrée par certains propriétaires dans l'unique but de rendre les animaux plus agressifs, affamés de piste, et d'augmenter artificiellement leur « performance » et leur ténacité face au gibier.

 

3. L'errance et le fléau des accidents routiers

 

Lors des battues, les chiens de chasse sont lâchés en plein bois ou en forêt, échappant instantanément à tout contrôle physique direct. Cette liberté de mouvement se transforme régulièrement en errance. Désorientés ou emportés par la ferveur de la piste, ces chiens sortent fréquemment des périmètres forestiers pour se retrouver sur les axes routiers et les voies publiques adjacentes, où ils risquent à tout moment d'être mortellement fauchés par des véhicules, provoquant par la même occasion de graves accidents de la circulation.

 

4. Les tirs accidentels des chasseurs

 

Évoluant au cœur même des zones de tir et dans une végétation dense, les chiens de chasse paient un tribut direct à l'activité armée. Le manque de visibilité, la confusion ou la précipitation d'un tireur peuvent être fatals : il n'est pas rare que des chiens soient grièvement blessés ou purement et simplement tués par les chasseurs lors d'un tir accidentel.

 

5. La menace foudroyante de la maladie d’Aujeszky

 

Le contact direct avec la faune sauvage expose les chiens à des risques sanitaires mortels. Lorsqu'un chien de chasse s'attaque à un sanglier et le mord à sang, il s'expose directement à la maladie d'Aujeszky (également appelée pseudo-rage). Ce virus, hautement contagieux et incurable chez les canidés, attaque le système nerveux et entraîne la mort inévitable et particulièrement douloureuse de l'animal dans les 24 à 48 heures.

 

6. La légitimation des combats d'animaux en milieu forestier

 

La Belgique interdit strictement les combats de chiens sur son territoire. Le Code wallon du Bien-être animal a d'ailleurs renforcé ces interdictions en qualifiant explicitement ces événements de spectacles de divertissement illicites. Pourtant, ce qui est considéré comme une pratique barbare et en totale contradiction avec le bien-être animal dans une arène urbaine devient toléré dès que l'action se déplace en forêt. Même si l'un des protagonistes est un sanglier ou un cerf, le combat physique entre ces animaux reste d'une cruauté absolue : l'un défend sa vie ou ses petits, l'autre est conditionné pour mordre et tuer. La nature de la souffrance ne change pas, seule la loi ferme les yeux.

 

7. Une fin de vie expéditive pour les animaux inaptes

 

Alors qu'un chien de compagnie bénéficie d'un suivi régulier par des professionnels de la santé animale afin de vieillir dignement et de rester en bonne santé, le chien de chasse est à nouveau traité comme le vilain canard noir de l'espèce canine. Considéré avant tout pour sa valeur utilitaire et sa rentabilité sur le terrain, l'animal vieillissant, blessé ou devenu inapte à remplir son travail (qui consiste à pourchasser et acculer un animal sans défense) perd toute valeur aux yeux de certains propriétaires. Il n’est pas rare qu’il soit alors purement et simplement exécuté, devenant un outil obsolète dont on se débarrasse.

 

Le ping-pong institutionnel : Quand les ministères organisent le vide juridique

 

Face à ces dérives manifestes et aux faits régulièrement relayés par la presse, à l'instar de l'affaire du chien Ruben ou du sauvetage d'une vingtaine de chiens de chasse négligés à Vresse-sur-Semois en juillet 2025, AnimalWeb Belgique a officiellement interpellé les autorités wallonnes. Les réponses écrites obtenues auprès des cabinets ministériels mettent en lumière une stratégie d'esquive bureaucratique révoltante.

 

Interrogé sur l’absence de cadre légal strict encadrant le nombre et la surveillance des chiens lâchés en liberté lors des battues , le cabinet d'Adrien Dolimont s’est empressé de botter en touche. Reconnaissant à demi-mot qu'il « n'y a pas un cadre très défini de ce qui est possible ou pas de faire » , le conseiller du ministre du Bien-être animal a textuellement déclaré : « Les questions précises relèvent du Code forestier et de la loi sur la chasse, je vous invite à questionner la Ministre compétente, madame Anne-Catherine Dalcq ». Pour le ministère du Bien-être animal, sous prétexte que le chien est en « action de chasse », sa protection ne relève plus de ses attributions directes.

 

Saisie à son tour de l'ensemble du dossier , la ministre de l'Agriculture et de la Chasse, Anne-Catherine Dalcq, a immédiatement renvoyé la patate chaude administrative à son collègue. Dans sa réponse écrite, elle recadre fermement les compétences : « La législation relative à la chasse n'a pas pour objet de définir des normes en matière de bien-être animal ou de sécurité publique, ces matières faisant l'objet d'un cadre juridique spécifique ».

 

A lire sur AnimalWeb Belgique : Echange de mails avec les ministres Dolimont et Dalcq au sujet du traitement des chiens de chasse 

 

Nous nous retrouvons donc face à un paradoxe d'État ubuesque : le ministre du Bien-être animal affirme que le sort des chiens en battue dépend des lois sur la chasse , tandis que la ministre de la Chasse rétorque que ses lois n'ont pas à s'occuper de bien-être animal.

 

Pendant que les deux cabinets ministériels se livrent à ce ping-pong stérile pour préserver la paix politique avec le monde cynégétique, le terrain reste régi par des textes anachroniques, notamment une loi sur la chasse qui remonte à 1882. En refusant de mettre en place des statistiques ciblées et des contrôles spécifiques pour les meutes , l'administration noie le poisson dans des chiffres généralistes. Au milieu de ce désert de responsabilités politiques, le chien de chasse demeure le grand oublié de la Wallonie : un être sensible reconnu par le Code sur le papier , mais un outil jetable et sans protection dans les faits.

 


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