
Un éclairage sur l'interdiction belge d'importer des trophées de chasse et le contraste saisissant avec les pratiques cynégétiques nationales.
Article du 21 janvier 2026
La Belgique vient de franchir une étape historique en interdisant l’importation de trophées de chasse issus d’espèces protégées. Si cette décision est saluée par les défenseurs des animaux, elle soulève une question de fond : cette victoire éthique ne sert-elle pas d'écran de fumée à la réalité de la chasse sur notre propre territoire ?
Une interdiction majeure pour la biodiversité mondiale
C’est officiel : le Parlement fédéral a voté à l’unanimité l’interdiction de l'importation de trophées de chasse d'espèces menacées en Belgique. Cette mesure, portée par la ministre du Climat et de l’Environnement, place notre pays à l'avant-garde de la protection de la faune sauvage internationale.
L'objectif de cette décision est triple :
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Protéger la viabilité génétique : En ciblant souvent les individus les plus imposants et les plus robustes pour leurs trophées, la chasse récréative affaiblit le patrimoine génétique des populations sauvages, nuisant à leur résilience face aux changements climatiques.
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Tarir la demande commerciale : En fermant ses frontières, la Belgique participe à l'effort international visant à dévaloriser le "produit" issu de la mise à mort d'animaux protégés, rendant ces expéditions moins attractives.
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Réorienter le financement de la conservation : Le but est de briser le mythe selon lequel la chasse aux trophées est nécessaire au financement des parcs naturels. Cette décision encourage la transition vers un modèle de conservation basé sur l’écotourisme et la protection active plutôt que sur l'exploitation létale.
Concrètement, des animaux emblématiques tels que le lion, l'éléphant d'Afrique, le rhinocéros blanc ou l'ours polaire ne pourront plus finir en "décoration" dans les salons belges. Jusqu'alors, la Belgique délivrait encore des dizaines de permis d'importation chaque année. En supprimant cette possibilité, le pays envoie un message clair : le plaisir de tuer ne peut justifier la mise en péril de la biodiversité globale, et la valeur d'une espèce sauvage réside dans sa survie au sein de son écosystème, et non dans son prix de vente comme trophée.
Le "Made in Belgium" : L'envers du décor de la chasse de loisir
S'il y a lieu de se réjouir, il convient de garder la tête froide. Le nombre de trophées de chasse exotiques importés chaque année en Belgique se compte en dizaines. Un chiffre dérisoire face à une autre réalité beaucoup plus proche de nous : le massacre organisé d' animaux élevés en cage et importés.
L'hypocrisie des chiffres : Trophées vs Élevages de tir
Pendant que nous fermons la porte aux lions et aux léopards, la Wallonie continue de pratiquer une chasse de loisir intensive qui n'a rien à envier aux safaris africains en termes d'éthique. Chaque année, ce sont plus de 200 000 faisans et canards colverts qui sont importés ou élevés en captivité sur notre sol pour être relâchés juste avant l'ouverture de la chasse.
Ces animaux, souvent incapables de survivre seuls dans la nature, servent de cibles vivantes lors de battues que certains n'hésitent plus à comparer à des "tirs de foire". Ici, pas besoin de permis d'importation : le "Made in Belgium" tourne à plein régime.
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Espèces protégées à l'étranger : Quelques dizaines de trophées interdits.
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Gibier de lâcher en Belgique : Des centaines de milliers d'oiseaux exécutés pour le plaisir.
Un impact écologique local préoccupant
Au-delà de la souffrance animale, ces pratiques dénaturent nos écosystèmes. La concentration artificielle de gibier modifie l'équilibre de nos forêts et plaines. Alors que la population se réjouit de voir la Belgique protéger les éléphants d'Afrique, elle ignore souvent que, chez nous, la gestion de la faune est dictée par des impératifs de loisir plutôt que par une réelle nécessité biologique.
Vers une cohérence éthique totale ?
La fin de l'importation des trophées de chasse est une victoire politique et morale nécessaire. Elle prive les chasseurs de trophées d'une reconnaissance sociale et limite le marché de la mort. Cependant, pour AnimalWeb Belgique, cette mesure ne doit être qu'une première étape.
Peut-on réellement se dire protecteur de la nature quand on interdit l'importation d'un trophée de lion tout en autorisant le massacre de milliers de faisans et de canards élevés dans des hangars pour le seul plaisir de chasseurs en manque de sensations fortes ? La cohérence éthique exigerait que l'on se penche avec la même sévérité sur les dérives de la chasse wallonne.
Le combat pour la dignité animale ne s'arrête pas aux frontières. Il commence dans nos jardins, nos plaines et nos forêts.
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