La FNC détourne la chanson "Le chasseur" de Michel Delpech (Vidéo)

Michel Delpech qui observe une migration d'oiseaux
Michel Delpech qui observe une migration d'oiseaux

Une analyse critique de la manipulation de la FNC qui détourne l'œuvre de Michel Delpech pour ses clips de 2026.

 

Article du 02 avril 2026

 

La Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) vient de lancer une nouvelle campagne de communication vidéo. En utilisant le tube légendaire de Michel Delpech, « Le Chasseur », l’organisation tente de redorer le blason d'une pratique de plus en plus contestée. Pourtant, derrière la mélodie nostalgique se cache une manipulation : la chanson originale est un hymne à la contemplation et au renoncement de la chasse, bien loin de l'apologie de la mort d'être vivant sans défense.

 

Un hymne à la nature transformé en outil de propagande

 

La scène semble bucolique. Des images de brume sur les étangs, des chiens qui s'éveillent, et cette voix familière qui chante la Sologne. Pour la FNC, l'objectif est limpide : associer la chasse à un art de vivre, une tradition ancestrale età une communion profonde avec la nature sauvage. En choisissant « Le Chasseur » de Michel Delpech, la fédération mise sur la corde sensible et le patrimoine culturel français.

 

Cependant, pour les défenseurs de la cause animale et les mélomanes avertis, ce choix est d'une ironie cinglante. La chanson de 1974 ne célèbre pas l'acte de tuer, mais le moment précis où l'homme choisit de ne pas presser la détente. Le texte raconte l'histoire d'un homme qui, face à l'envol des oiseaux, dépose son fusil pour simplement admirer le spectacle. En isolant les couplets descriptifs et en occultant la chute de l'œuvre, la FNC opère un véritable mensonge artistique.

 

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Paroles de la chanson « Le Chasseur » (Michel Delpech)

 

Il était cinq heures du matin
On avançait dans les marais couverts de brume
J'avais mon fusil dans les mains
Un passereau prenait au loin de l'altitude
Les chiens pressés marchaient devant dans les roseaux

Par-dessus l'étang, soudain, j'ai vu passer des oies sauvages
Elles s'en allaient vers le midi, la Méditerranée
Un vol de perdreaux par-dessus les champs montait dans les nuages
La forêt chantait, le soleil brillait au bout des marécages

Avec mon fusil dans les mains
Au fond de moi, je me sentais un peu coupable
Alors je suis parti tout seul
J'ai emmené mon épagneul en promenade
Je regardais le bleu du ciel et j'étais bien

Par-dessus l'étang, soudain, j'ai vu passer des oies sauvages
Elles s'en allaient vers le midi, la Méditerranée
Un vol de perdreaux par-dessus les champs montait dans les nuages
La forêt chantait, le soleil brillait au bout des marécages

Et tous ces oiseaux qui étaient si bien là-haut dans les nuages
J'aurais bien aimé les accompagner au bout de leur voyage
Oui, tous ces oiseaux qui étaient si bien là-haut dans les nuages
Moi, j'aurais bien aimé les accompagner au bout de leur voyage

Moi, j'aurais bien aimé les accompagner au bout de leur voyage

 

Des omissions et des mensonges face à une population qui n'est plus dupe

 

Cette stratégie de communication n'est pas nouvelle, mais elle atteint ici un sommet d'ambiguïté. Les omissions et les mensonges des chasseurs sont de plus en plus nombreux, car la population n'est plus dupe des artifices de langage. L'accent est mis sur l'écologie et la camaraderie pour faire oublier les chiffres qui fâchent : les millions d'animaux massacrés, les accidents, l'impact sur la biodiversité et l'opposition croissante de la société.

 

Cette multiplication des contre-vérités est une réponse directe à la perte de vitesse du lobby cynégétique. Grâce aux militants anti-chasse, aux nouveaux moyens techniques (drones, smartphones, etc.) et aux réseaux sociaux, les citoyens sont aujourd'hui mieux informés et plus sensibles à la souffrance animale. Cette évolution des mentalités oblige la FNC à déployer des trésors d'inventivité marketing pour tenter de masquer la réalité de sa pratique : la mort ! Le fusil devient un accessoire secondaire, presque invisible, au profit d'une imagerie « verte » totalement déconnectée de la réalité du terrain.

 

Une manipulation qui indigne les protecteurs des animaux

 

En Belgique, comme en France, les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur les plateformes comme AnimalWeb, de nombreux internautes dénoncent une récupération malhonnête. Michel Delpech avait écrit ce texte comme une ode à la liberté et à la vie. Détourner ses mots pour en faire un jingle publicitaire qui encourage les citoyens à devenir des tueurs est perçu comme une trahison profonde de l'esprit de l'artiste.

 

Pourquoi ce clip est-il une manipulation ?

 

  • Détournement d'intention : On transforme une œuvre de paix en un outil de recrutement pour une activité de prédation.

  • Désinformation par l'image : Le clip montre une nature idéalisée, omettant la réalité de la mort animale.

  • Anesthésie de la conscience : La mélodie douce vise à endormir l'esprit critique du grand public sur les méthodes de chasse actuelles (chasse en enclos, lâchers de gibier d'élevage).

 

La nécessité de rétablir la vérité sur l'œuvre de Delpech

 

Il est essentiel que le public comprenne que « Le Chasseur » est une chanson de contemplation. Le protagoniste finit par devenir un simple observateur de la beauté sauvage. Le clip de la FNC tente de réécrire cette fin pour valider une pratique que l'auteur lui-même remettait en question dans ses vers.

 

Face à cette puissance de frappe médiatique, les associations de protection animale appellent à une vigilance accrue. La beauté d'un paysage ou la douceur d'une mélodie ne doivent pas masquer la réalité des faits : la chasse reste une activité dont le but final est l'exécution d'êtres vivants, un acte que Delpech, dans sa chanson, avait précisément choisi de ne pas accomplir.

 

Une communication qui se retourne contre ses auteurs ?

 

Si la FNC espérait séduire avec ces clips léchés, elle risque surtout de renforcer le fossé entre les chasseurs et le reste de la société. À l'heure où la sensibilité à la cause animale n'a jamais été aussi forte, utiliser la poésie pour justifier le mort d'êtres sensibles est un calcul risqué. Le message de Michel Delpech reste, malgré tout, plus fort que la puissance de nuissance de la FNC : la plus belle émotion face à la nature, c'est de la laisser vivre.

 

A propos d'AnimalWeb Belgique

 

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Thèmes :Actualités, Bien-être animal, Chasse, FNC, Delpech, France