
Une analyse du "modèle genevois" qui bannit la chasse de loisir depuis 50 ans
Article du 17 avril 2026
Depuis le 19 mai 1974, le canton de Genève est devenu une terre d'exception : la chasse amateur y est strictement interdite. Alors que le débat sur la souffrance animale et la gestion des forêts s'intensifie en Belgique, ce petit territoire suisse de 282,5 km² prouve qu'une cohabitation apaisée avec la faune sauvage est possible, même si la question de la régulation par l'État reste un point de débat.
Un refuge stratégique pour la faune traquée
L’exemple de Genève est fascinant par sa géographie. Enclavé entre la France et le canton de Vaud, deux zones où la pression cynégétique est forte, Genève agit comme un véritable aimant pour les animaux. Les sangliers et les chevreuils, fuyant le stress des battues et les détonations, traversent parfois le Rhône à la nage pour trouver asile sur le territoire genevois.
Pour AnimalWeb Belgique, ce phénomène met en lumière une réalité biologique : les animaux sauvages identifient rapidement les zones de sécurité. À Genève, la faune est plus visible, moins craintive, et les densités de lièvres y sont parmi les plus élevées de Suisse. Ce "havre de paix" n'est pas seulement symbolique ; il est devenu un corridor de biodiversité essentiel où les espèces autrefois exterminées, comme le sanglier, ont retrouvé une place stable.
La régulation étatique : Le bémol du modèle idéal
Si les chasseurs de loisir (environ 420 permis avant 1974) ont été évincés, le fusil n'a pas totalement disparu. C'est le point sensible du dossier : la gestion de la faune est assurée par une douzaine de gardes professionnels (gardes de l'environnement).
Contrairement à la chasse amateur, cette régulation est chirurgicale :
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Technologie de pointe : Les tirs se font de nuit avec des amplificateurs de lumière pour garantir une mort instantanée (99,5 % de réussite) et éviter le stress des chasses à courre.
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Protection des structures sociales : Les laies meneuses ne sont jamais abattues, car leur disparition déstructure les hardes et entraîne une reproduction anarchique des jeunes.
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Coût maîtrisé : La gestion globale coûte environ 1,2 million de francs par an, soit le prix d'un café par habitant.
Cependant, pour les défenseurs les plus stricts de la cause animale, cette intervention reste une ombre au tableau. Pourquoi continuer à tirer si la nature peut se réguler ? L'inspecteur de la faune, Gottlieb Dandliker, rappelle que dans un paysage aussi cultivé et peuplé, certains ajustements restent nécessaires pour protéger, par exemple, les vignobles genevois dont les sangliers raffolent.
Vers de nouvelles solutions : L'après-régulation létale
Le modèle genevois est une réussite exemplaire, mais il n'est pas figé. Pour atteindre une gestion 100 % pacifique, plusieurs alternatives pourraient être testées, certaines étant déjà amorcées :
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L'immunocontraception : Bien que non encore appliquée à large échelle, cette solution permettrait de stabiliser les populations sans prélèvement létal. C'est une piste sérieuse pour mettre fin à l'abattage administratif.
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La prévention proactive : Genève investit déjà massivement dans les clôtures électriques (mises à disposition des agriculteurs) et la compensation financière des dégâts, minimisant ainsi les conflits entre humains et faune.
Un exemple pour la France et la Belgique ?
La superficie limitée de Genève montre que même dans un espace restreint et densément peuplé (500 000 habitants), la suppression de la chasse de loisir entraîne une hausse spectaculaire de la biodiversité (oiseaux aquatiques, castors, lièvres).
En Belgique ou en France, où la forêt est souvent perçue comme un terrain de sport, s'inspirer de Genève permettrait de restaurer le lien thérapeutique entre l'homme et l'animal. Rencontrer un chevreuil qui ne s'enfuit pas au premier regard est une expérience qui transforme notre perception de la nature.
La fin du mythe de la tradition immuable
L’enseignement le plus puissant du modèle genevois est sans doute politique et social : par le biais du référendum, les citoyens ont brisé le dogme selon lequel la chasse serait une « tradition millénaire » intouchable. En votant massivement pour son interdiction, la population a prouvé que les pratiques du passé peuvent et doivent évoluer dès lors qu'elles ne sont plus en adéquation avec les valeurs éthiques d'une société moderne. Genève a ainsi balayé l'idée que la chasse serait une fatalité culturelle ou une nécessité biologique immuable. Ce choix démocratique rappelle que la gestion de la nature appartient à l'ensemble des citoyens, et non à une minorité détentrice d'un privilège historique, ouvrant ainsi la voie à une réflexion similaire pour nos propres régions.
Un monde sans chasseurs est possible
Si la régulation par les gardes forestiers reste une étape de transition, le bilan genevois après 50 ans est sans appel : la vie sauvage et la population se portent mieux sans chasseurs. Pour AnimalWeb Belgique, il est temps de passer d'une gestion par le fusil à une cohabitation par l'intelligence et l'éthique.
Loin des discours influencés par les lobbies de la chasse, AnimalWeb Belgique cultive une indépendance totale. Notre engagement est entier : nous agissons pour la cause animale avec une transparence radicale et une fermeté inébranlable.
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