
Saisie de 200 animaux à Ciney : l’horreur de la récidive et l’absurdité des lois
Article du 26 janvier 2026
Le vendredi 23 janvier 2026, une opération de sauvetage massive a été menée à Ciney dans la province de Namur (Wallonie). Pas moins de 200 animaux, incluant des moutons et des volatiles, ont été arrachés à des conditions de vie indignes. C’est la troisième fois que les autorités interviennent à cette même adresse, soulevant une question cruciale : comment mettre fin au cycle de la maltraitance animale en Belgique ?
L’alerte a initialement été donnée par l'AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) après la détection de mouvements d’animaux suspects. Rapidement, l’Unité du Bien-Être Animal (UBEA) de la Région wallonne a sollicité le renfort de plusieurs associations spécialisées. Les équipes d'Animaux en Péril, du Rêve d’Aby, de Help Animals, d’Au Bonheur Animal, de Veeweyde et d’Equi’chance ont découvert une scène de désolation.
Un constat accablant : entre agonie et insalubrité
Sur les lieux, le bilan est lourd : environ 150 oiseaux de basse-cour (poules, oies, canards) et une cinquantaine de moutons survivaient dans un état sanitaire déplorable. Les clapiers, dépourvus d'eau et de nourriture, étaient saturés de déjections. Un jars a notamment été retrouvé dans l'incapacité de se tenir debout, tandis que des dizaines de volailles s'entassaient dans des cages exiguës.
Le sort des moutons s'est révélé plus horrible encore. Enfermés dans un hangar minuscule ou confinés dans une ancienne remorque plongée dans l'obscurité, les ovins vivaient sur une couche de fumier. A l'ouverture de la remorque, les animaux détenus étaient dans un tel état de stress qu'il a fallu plusieurs heures pour les calmer et les transporter en toute sécurité.
Des soins vétérinaires d'urgence
Le diagnostic des secouristes est sans appel : anémie, diarrhées aiguës, déshydratation et maladies parasitaires. La gale, particulièrement virulente dans ce cheptel, a causé des lésions cutanées profondes et des pertes massives de laine. "Certains animaux étaient littéralement à l'agonie", déplorent les soigneurs. Une dizaine d'individus a dû être hospitalisée en urgence. Tragiquement, des cadavres ont également été découverts sur place, dissimulés dans des sacs.
Une convalescence longue et un avenir incertain
Pour les 200 rescapés de Ciney, le sauvetage n’est que la première étape d’un long chemin vers la résilience. Pour la dizaine d'animaux actuellement hospitalisés, le pronostic vital reste engagé ; les équipes vétérinaires luttent heure par heure contre les effets dévastateurs de l'anémie et de la gale. Dans les refuges, si les canards redécouvrent enfin le plaisir de l'eau et les poules celui d'une nourriture abondante, les séquelles psychologiques et physiques de la captivité mettront des mois à s'estomper.
Au-delà de la santé, c'est l'incertitude juridique qui pèse sur leur futur : tant que le ministre Adrien Dolimont n'aura pas statué sur leur confiscation définitive, ces animaux restent, légalement, dans un entre-deux administratif. Les associations, déjà saturées, espèrent une décision rapide pour garantir à ces victimes qu'elles ne retourneront jamais dans l'enfer de la récidive.
Justice et lenteur administrative : le cri d'alarme des refuges
Cette intervention marque la troisième saisie chez ce même propriétaire. Cette récidive souligne une faille majeure : la lenteur des procédures.
Il faut souvent près de deux années pour qu'un dossier arrive à son terme. Ce délai explique pourquoi nous retournons chez des récidivistes, les sanctions définitives n'intervenant que trop tard", explique l'association Animaux en Péril.
L'absurdité juridique : quand le statut de l'animal dicte son salut
Cette saisie de 150 volatiles et de 50 moutons à Ciney met en lumière une contradiction frappante dans la politique wallonne du Bien-être animal. Alors que le ministre Adrien Dolimont a récemment affirmé que les volatiles de "lâchers" (faisans, canards de chasse) ne relevaient pas de sa compétence mais de celle du ministre de la Chasse, l'intervention de l'UBEA à Ciney prouve que ces mêmes espèces peuvent être protégées... selon le bon vouloir législatif.
Cette dualité de traitement est dénoncée par de nombreux observateurs : comment justifier que 150 oiseaux soient sauvés de la maltraitance à Ciney au nom du Bien-être animal, alors que des centaines de milliers d'autres sont livrés à leur sort lors des lâchers de chasse sous prétexte qu'ils changent de ministère ? Ce cloisonnement des compétences apparaît de plus en plus comme une manœuvre pour ne pas froisser le monde cynégétique, plutôt que comme une réelle contrainte légale.
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