Gibier en Wallonie : Sécurité alimentaire ou roulette russe sanitaire ?

Pièce de viande de gibier crue sur une planche, surmontée d’un virus s
Pièce de viande de gibier crue sur une planche, surmontée d’un virus s

Une enquête exclusive d'AnimalWeb Belgique révèle les failles critiques du contrôle sanitaire de la venaison et le silence inquiétant des autorités.

 

Article du 25 février 2026

 

Alors que l’exigence de traçabilité est totale pour nos éleveurs, la viande de gibier semble bénéficier d’un laissez-passer inquiétant. Entre résidus de plomb et virus mortels pour nos chiens, le mutisme de l'AFSCA et de la Ministre Dalcq pose une question grave : notre santé est-elle sacrifiée sur l'autel des traditions de chasse ?

 

L'actualité agricole nous rappelle régulièrement la sévérité des normes sanitaires : un troupeau entier exécuté pour un seul cas suspect, des lots de yaourts rappelés pour un simple éclat de métal. Mais dès que l'on franchit la lisière de la forêt, ces règles d'or de la sécurité alimentaire semblent s'évaporer. Depuis plusieurs semaines, notre rédaction tente d'obtenir des réponses claires des autorités. Le résultat ? Un silence radio assourdissant qui en dit long sur l'embarras du secteur et des autorités wallonnes.

 

Deux poids, deux mesures : l'injustice entre élevage et chasse

 

Le contraste est saisissant. D'un côté, l'agriculteur wallon est soumis à des contrôles vétérinaires drastiques, des tests de laboratoire systématiques et une responsabilité pénale directe. De l'autre, la "filière courte" du gibier repose sur l'examen initial d'une Personne Formée (PF). Le problème ? Cette personne est souvent le chasseur lui-même ou un membre de son groupe.

 

Comment un examen visuel, réalisé à même le sol en forêt, peut-il garantir l'absence de micro-fragments de plomb ? Ces particules, souvent inférieures à 0,1 mm, sont invisibles à l'œil nu mais lourdement neurotoxiques. Si un éclat de métal dans un produit industriel déclenche une alerte nationale, pourquoi le plomb de chasse est-il toléré dans nos assiettes sans aucun test technique obligatoire ?

 

Maladie d'Aujeszky : une menace mortelle pour nos chiens

 

Au-delà des métaux lourds, c'est un péril biologique qui plane sur les foyers belges. La maladie d’Aujeszky, surnommée la "pseudo-rage", circule activement en Wallonie. On estime qu'environ 30 % des sangliers sont porteurs du virus. Si l'homme semble moins sensible pour l'instant à ce virus, celui-ci est mortel à 100 % pour le chien en moins de 48 heures.

 

Un simple morceau de viande crue, une manipulation négligente en cuisine ou un reste de venaison donné à l'animal de compagnie peut transformer un repas de fête en tragédie vétérinaire. Pourtant, l'AFSCA, interrogée par nos soins, peine à justifier l'absence de tests virologiques systématiques. Le principe de précaution, si cher à nos institutions lorsqu'il s'agit de taxer ou de contrôler nos éleveurs, semble ici totalement ignoré.

 

Le silence de la Ministre Dalcq : une opacité dénoncée

 

Contacté le 3 février dernier, le cabinet de la ministre de l'Agriculture et de la Ruralité, en charge de la Forêt, de la Nature, de la Chasse et de la Pêche, n'a toujours pas daigné répondre à nos interrogations. Ce refus de communiquer sur un sujet de santé publique est une insulte aux citoyens qui attendent de la transparence et un minimum de responsabilité de la ministre.

 

Faut-il en déduire que la gestion des déchets de chasse et la sécurité des consommateurs wallons ne sont pas des priorités politiques ? Le manque de contrôle indépendant et l'auto-certification par les chasseurs créent une zone grise où le risque sanitaire est réel.

 

Retrouvez ce dimanche sur notre blog le dossier complet d'AnimalWeb Belgique, incluant l'intégralité de nos échanges exclusifs avec les autorités.

 

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Thèmes :Actualités, Bien-être animal, Giibier, Viande, AFSCA, Wallonie