
Une analyse des risques de voir la Belgique devenir une nouvelle prison pour dauphins.
Article du 05 mars 2026
Alors que le gouvernement wallon adopte son nouveau Code du bien-être animal, une polémique éclate. Si le ministre-président Adrien Dolimont dément fermement toute volonté de rouvrir des "delphinariums", ses propos sur la "réflexion scientifique" et les ambitions de Pairi Daiza dessinent une réalité bien différente. Entre sémantique politique et enjeux financiers, la Wallonie est-elle en train de créer une zone grise pour la captivité des cétacés ?
Le démenti qui ne rassure pas : Une question de mots
Face à la levée de boucliers des associations, le ministre Adrien Dolimont a été clair : "Il n’y a aucune modification concernant les cétacés". Pourtant, dans la même déclaration, il invoque un "devoir" de réflexion sur des centres d'accueil et de recherche.
C'est là que le bât blesse. Pour le public, un delphinarium est un lieu de spectacle. En supprimant les otaries jongleuses et la musique de cirque, Pairi Daiza peut techniquement affirmer qu'il "n'ouvrira jamais de delphinarium". Mais pour un dauphin, qu'il soit là pour faire des saltos ou pour être observé par des universitaires, le bassin de béton reste le même. La "recherche" devient l'alibi moral d'une captivité qui ne dit plus son nom.
Quel que soit l'animal, il ne peut etre détenu car il n'a commis aucun crime.
La réalité brute : Des prisons à ciel ouvert
Il est temps de lever le voile sur ce que sont réellement ces parcs animaliers. Malgré les décors soignés, les parcs animaliers ne sont que des prisons dorées d’où les animaux, dans leur immense majorité, ne sortent que "les pattes devant". L’existence de ces êtres sensibles dans de telles structures est une aberration biologique :
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Incompatibilité sensorielle : La vie de ces animaux est rythmée par le bruit incessant des pompes, les cris du public et l'étroitesse des enclos. Rien n'est en harmonie avec leurs besoins fondamentaux.
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L'illusion du décor : Un rocher en résine ne remplace pas la complexité d'un écosystème. Les animaux sauvages ont une place légitime et unique : leur habitat naturel. Les observer derrière une vitre ou un grillage n'est pas de la pédagogie, c'est l'acceptation de leur asservissement.
Pairi Daiza : Le "sauveur" providentiel ou l'opportuniste ?
Le parc de Brugelette dénonce une campagne "mensongère" tout en confirmant sa volonté d'aider les cétacés sans solution d'accueil en Europe. L'argument est rodé : les parcs ferment ailleurs, il faut bien placer ces animaux quelque part.
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L'illusion du refuge : Pairi Daiza se présente comme une alternative aux "illusions" (référence directe aux sanctuaires marins). Or, un véritable refuge ne devrait pas être une vitrine commerciale.
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La manne de la "renommée" : Accueillir les derniers dauphins captifs d'Europe sous une étiquette de "pôle scientifique mondial" offrirait à Pairi Daiza une image de marque et une attractivité financière sans précédent. L'exception scientifique risque, sous la pression, de devenir le nouveau standard wallon.
Un investissement sur le long terme : Qui paiera la note ?
L'aménagement de structures pour cétacés coûte des dizaines de millions d'euros. Aucun investisseur privé ne construit de tels bassins par pure philanthropie scientifique sans une garantie de rentabilité sur 30 ou 40 ans.
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Le cycle de la captivité : Une fois les dauphins "réfugiés" disparus, Pairi Daiza laissera-t-il ses installations vides ?
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L'extension prévisible : Ce "sens commun" invoqué par le ministre Dolimont n'est-il pas le premier pas vers une Wallonie devenue le centre de tri des animaux dont plus personne ne veut en Europe, prolongeant leur agonie pour le plaisir des visiteurs et des budgets de recherche ?
La vigilance reste de mise
Nous ne nous laissons pas bercer par les éléments de langage. Que l'on appelle cela "centre de recherche" ou "delphinarium", le résultat pour l'animal est identique : une vie de confinement. Les spécialistes du monde animal, les vrais, étudient les cétacés en mer, là où la science a encore des choses à apprendre sur leur structure sociale complexe et leurs migrations.
Le "flou artistique" actuel profite aux lobbies qui exploitent les animaux. Il est temps d'exiger des engagements fermes : la Wallonie ne doit pas devenir une terre d'accueil pour la captivité, quelle que soit l'étiquette qu'on lui colle.
Plus d'informations sur AnimalWeb Belgique :
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