
Une analyse percutante du deux poids, deux mesures entre les restrictions de mobilité imposées aux seniors et le laxisme médical entourant le port d'armes de chasse.
Article du 04 mars 2026
Le débat sur la sécurité routière place les seniors sous les projecteurs : l’Europe et la Belgique envisagent des examens médicaux obligatoires pour les conducteurs âgés. Pourtant, une question dérangeante demeure : pourquoi n’applique-t-on pas la même rigueur à ceux qui parcourent nos campagnes avec des armes létales ?
Alors que les réformes européennes de 2025-2026 poussent vers une surveillance accrue des capacités cognitives des plus de 65 ans, le contraste avec le monde de la chasse est saisissant. D'un côté, on menace la mobilité et le lien social des aînés au nom du risque zéro ; de l'autre, on tolère un flou médical et psychologique total chez des individus manipulant des carabines qui peuvent blesser ou tuer à plusieurs kilomètres.
Le permis de chasse, tout comme le permis de conduire est à vie. Néanmoins, aucun élu politique ne plaide pour l'instauration d'un examen médical annuel imposé aux chasseurs. Une différence de traitement qui pose question !
La "chasse aux seniors" : Une sécurité routière sélective ?
Le projet de réforme européen est clair : instaurer des visites médicales tous les cinq ans dès l'âge de 65 ou 70 ans. L'objectif affiché est de vérifier la vue, l'audition et les réflexes pour "protéger" la population. En Belgique, des structures comme le DAC (Département d'Aptitude à la Conduite) sont déjà mobilisées pour évaluer ceux dont la santé pourrait compromettre la sécurité.
Pourtant, les statistiques montrent souvent que les seniors s'auto-régulent, limitant d'eux-mêmes leurs trajets nocturnes ou par mauvais temps. En les privant de permis, c'est une forme de "mort sociale" que l'on risque d'instaurer, particulièrement en zone rurale. Si la sécurité est le seul moteur de ces politiques, comment expliquer le silence assourdissant concernant la sécurité publique en milieu naturel ?
Armes létales et absence de bilan médical : Le privilège des chasseurs
C'est ici que l'incohérence devient flagrante. Pour conduire une citadine à 50 km/h, on exige des garanties physiques constantes. Pour posséder une arme capable de tuer un animal ou un humain à plusieurs kilomètres, le cadre est radicalement plus souple.
-
L'absence de suivi psychiatrique : Une fois le permis de chasse en Wallonie obtenu, aucun bilan psychiatrique régulier n'est imposé pour vérifier l'aptitude mentale du détenteur d'arme.
-
L'angle mort de la sobriété : Si les contrôles d'alcoolémie et de stupéfiants sont le quotidien des automobilistes, ils sont quasi inexistants lors des battues. Pourtant, la combinaison "alcool , drogues et armes à feu" représente un danger public bien plus immédiat qu'un retraité allant chercher son pain.
-
La vision et les réflexes : Un conducteur dont la vue baisse risque une amende ou un retrait de son permis de conduire. Un chasseur dont la vue décline peut continuer à tirer dans nos forêts, augmentant les risques de "balles perdues" atteignant promeneurs ou automobilistes.
Pour une cohérence de la sécurité publique
Les animaux sauvages, eux, ne consomment ni alcool ni stupéfiants. L'intrusion humaine dans leur habitat, armée et souvent sans contrôle d'aptitude médicale annuelle, est une anomalie éthique et sécuritaire.
Si l'Europe et la Belgique veulent réellement sauver des vies, elles ne peuvent pas stigmatiser une catégorie de citoyens sur la route tout en protégeant les privilèges d'un lobby armé. La sécurité ne doit pas être un prétexte pour brimer la liberté de mouvement des seniors, mais une règle universelle s'appliquant avec encore plus de force à ceux qui choisissent de porter une arme.
Plus d'informations sur AnimalWeb Belgique :
Scandale : la viande provenant de la chasse est-elle sans danger ?
